Connect with us

Art

Règles et art : Ces artistes qui ont représenté les menstruations

Publié

le

ART Avec Tout sur le rouge, Elise Thiébaut explore le tabou des règles au théâtre. Avant elle, quelques rares artistes s’y sont frottés

 

C’est une première du genre : depuis le 27 novembre se joue à la Manufacture des Abbesses, à Paris, une pièce de théâtre entièrement consacrée au sujet des menstruations. Du jamais vu, selon l’autrice de ce texte et spécialiste du sujet, Elise Thiébaut, qui a aussi écrit une « petite histoire des règles », Ceci est mon sang. L’occasion de revenir sur les artistes qui s’y sont intéressés, ou plutôt intéressées puisqu’il s’agit essentiellement de femmes. La liste est non-exhaustive, bien entendu…

Gina Pane, du sang et du lait

C’est dans les années 1970 qu’on trouve, selon Emilie Bouvard, directrice scientifique de la Fondation Giacometti et autrice d’un article scientifique sur la présence de règles chez les artistes, les premières traces de sang menstruel dans l’art. Aux Etats-Unis, Judy Chicago qui a co-fondé la Womanhouse, un espace d’expérimentations artistiques féministes, porte comme un étendard son Red Flag, une lithographie où l’on voit une femme retirer un tampon, tandis qu’en Europe, Valie Export filme sa miction, un mélange de sang et d’urine.

C’est à un autre genre de mélange que l’italienne Gina Pane fera référence, dans une performance intitulée « Action Autoportrait(s) : mise en condition/contraction/rejet », réalisée en janvier 1973. Dans une pièce où est exposée une semaine de son sang menstruel, on la voit d’abord s’étendre sur un lit métallique surplombant des bougies ; puis s’inciser la lèvre inférieure et le bord des ongles avec une lame de rasoir ; enfin gargariser du lait, qu’elle régurgite dans un mélange de sang et de liquide blanc… « C’est un œuvre sur l’aliénation des femmes, elle incarne une position de femme en souffrance » commente Emilie Bouvard.

ADVERTISING
inRead invented by Teads

Tracey Emin expose ses protections périodiques

On trouve assez peu d’œuvres faisant référence au sang des règles dans les années 1980, peut-être à cause de l’épidémie de VIH, mais aussi surtout, selon Emilie Bouvard, parce que dans ces années le féminisme décroît. Il faut attendre les années 1990 pour voir apparaître les traînées rouges de Kiki Smith, ou la serviette hygiénique gisant dans une chambre en désordre de Tracey Emin, une artiste britannique, dans My Bed. Une œuvre vendue près de 3 millions d’euros, et qui fait écho au drap de lit souillé du couple d’artistes Christian Boltanski et Annette Messager, exposé trois ans plus tôt au château de Rochechouart.

Marianne Rosenstiehl, les règles tout en métaphore

Ces dernières années, de nombreuses artistes ont participé à mettre le sujet des règles sur la table et dans le débat public. Celle qui entraîna dans sa suite une foule de journalistes à s’intéresser à ce sujet est sans nul doute Marianne Rosenstiehl. Fin 2014, elle expose au Petit espace des clichés tout en métaphore comme cette armée de soldats remontant la cuisse d’une femme, à l’image de l’expression utilisée en Russie pour désigner les règles (« Voilà l’armée rouge ! »). Ou ces femmes qui traversent les champs pendant leurs règles pour éradiquer chenilles, limaces ou sauterelles, comme ce fut la tradition en Anjou.

A la fin du XIX siècle, en Anjou, la tradition paysanne voulait que les femmes traversent les champs pendant leurs règles pour faire éradiquer les chenilles, limaces ou sauterelles.
A la fin du XIX siècle, en Anjou, la tradition paysanne voulait que les femmes traversent les champs pendant leurs règles pour faire éradiquer les chenilles, limaces ou sauterelles. – Marianne Rosenstiehl

D’autres artistes, explique Elise Thiébaut, ont pointé leur objectif sur le sang des femmes, comme la poétesse indienne Rupi Kaur, le franco-américain Victor D’allant (un homme, enfin !), l’américaine Nolwen Cifuentes ou encore la française Maël Baussand, avec sa série Dentelles, réalisée entre 2010 et 2015 : « On y voit émerger une forme de beauté qu’on n’attend pas forcément sur des tampons… » commente l’artiste dans l’excellent épisode de la série LSD de France Culture consacré aux « règles de l’art menstruel. »

Deborah De Robertis, du sang réel contre le consensuel

Et voilà que le portrait de la Femen Sarah Constantin, prise par l’artiste Bettina Rheims, s’est recouvert de deux longues traces de sang. L’autrice de cette attaque est connue pour réinterpréter les œuvres à sa manière : il s’agit de Deborah de Robertis, qui avait déjà par exemple écarté les jambes en 2014 et posé sexe à nu devant le tableau de Courbet, L’Origine du monde, au musée d’Orsay. Une façon de lui redonner ses couleurs révolutionnaires…

« Je me propose de rétablir le caractère politique des images que vous avez désincarnées et donc dépolitisées au profit d’images consensuelles (…) L’art ne devrait pas simplement se dire politique et se complaire dans l’esthétisme, mais éveiller les consciences », écrit Deborah De Robertis dans la description d’une vidéo adressée à sa consœur artiste. Une critique en forme de machette…

Laëticia Bourget, une forme d’Arte povera

Moins connue, la démarche de Laeticia Bourget n’en est pas moins intéressante, aussi parce que c’est l’une des rares artistes, comme Paola Daniele, à se servir du sang menstruel dans la durée, de manière répétée, sur plusieurs années. Habituée à se débrouiller, faute de moyens, avec les matériaux qui l’environnent, sans forcément les « acheter », l’artiste s’est mise à peindre avec son sang menstruel à partir de la fin des années 1990. A la manière de l’ Arte povera, qui utilise des « produits pauvres ». Une façon aussi, dit-elle à 20 Minutes, de transformer ce moment douloureux en « opportunité d’explorer » : « C’est une stratégie de vie, nous ne sommes pas obligés de voir négativement nos expériences… »

Le «journal menstruel»
Le «journal menstruel» – Laëtitia Bourget

Sur des mouchoirs s’étalent des formes géométriques, plus tard des portraits et des peintures vibratoires, aux motifs organiques. Et de commenter : « Le sang c’est une matière magique, dont on ne se lasse jamais de découvrir les variations »

Mais attention à ne pas être leurré par l’effet d’accumulation de cet article : les démarches de ces artistes sont très différentes, prévient Emilie Bouvard. Et les initiatives sont rares, et parfois entravées : l’artiste Joana Vasconcelos s’est par exemple vue refuser les portes du château de Versailles en 2012, pour son œuvre La fiancée. Constituée de 25.000 tampons, elle fut jugée trop « sexuelle » par l’établissement. Même si le tabou « se craquelle », il reste compliqué d’aborder les menstruations, estime Elise Thiébaut : « Avec le sang de la guerre, des films d’horreur, on n’a pas de problème. Mais une goutte de sang menstruel dans une pub et le monde est terrorisé… »

Continuez la lecture
Ajoutez un commentaire

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Art

« Star Wars » : L’un des prochains films réalisé par une femme?

Publié

le

MYSTERE Un « Star Wars » dirigé par une femme ? « Oh absolument, sans aucun doute » répond Kathleen Kennedy, présidente de Lucasfilm, interrogée par un journaliste de la BBC

 

La présidente de Lucasfilm, Kathleen Kennedy, n’a pas lâché une mais deux bonnes nouvelles, sur le tapis rouge des Bafta awards, la cérémonie de la British Academy of Film and Television Arts. Après avoir confirmé une suite à Indiana Jones, l’heureuse élue pour le BAFTA d’Honneur a conforté les fans qui souhaitent voir une femme réalisatrice d’un des prochains Star Wars. « Alors un film [un Star Wars] pourrait être dirigé par une femme ? » lui demande un journaliste de la BBC. « Oh absolument, sans aucun doute » répond-t-elle sans donner plus de détails, dans un grand sourire.

« Nous avons déjà des réalisatrices qui travaillent sur Star Wars » a ajouté Kathleen Kennedy. Et de citer Deborah Chow, qui travaille sur la mini-série sur Obi-Wan Kenobi, avec l’acteur Erwan McGregor.

Parmi les femmes qui ont travaillé sur le dernier Star Wars, L’Ascension de Skywalker, on peut citer Victoria Mahoney. Elle était la réalisatrice au sein de la seconde équipe, une équipe de tournage additionnelle à l’équipe principale.

Continuez la lecture

Art

Que faire à Paris ce mercredi 5 février ?

Publié

le

SORTIES Quoi faire ce 05/02/2020 à Paris ? En partenariat avec Toot Sweet, découvrez des bons plans : où sortir, expos, brocantes, apéros et autres expériences !

 

Quiz / Blind Test / Karaoké / Mini-conf’ : DC Comics

Soirées > Afterwork – 17 Rue du Cygne, 75001 Paris, France – Gratuit

A l’occasion de la sortie de Birds Of Prey et de La Fantabuleuse Histoire de Harley Quinn, le Reset Bar part sur son tout premier quiz comics de l’année : DC Comics, où les femmes de la franchise seront grandement mises à l’honneur ! En bonus lors de cette soirée : une conférence sur les comics pour ceux souhaitant démarrer leur lecture mais ne sachant pas par où commencer. Le tout animé par Mathieu Solans – Comédien aka XEI !

PLUS D’INFOS
La chanteuse Elia dans le clip de son morceau
La chanteuse Elia dans le clip de son morceau – UMG

Elia

Live > Pop / Rock – 14 rue Abel, 75012, Paris – 11 euros

Elia, c’est abord une une voix. Son timbre dense et expressif incarne une écriture authentique , héritière d’une poésie de la ville et de ses correspondances. Dans le dénuement d’un piano-voix comme la force de rythmes vibrantes, Elia frappe par son élégance.

PLUS D’INFOS
Rapporteur d’images, 2019, vidéo, 34 min 04'
Rapporteur d’images, 2019, vidéo, 34 min 04′ – Andreas Langfeld, Agence France-Presse

Le Mensuel #2 | Retour à Calais – Le peuple des images

Culture > Conférence – undefined – Gratuit

Avec : Claire Chevrier, Florian Ebner, Bruno Serralongue, Mathilde Serrell, Philippe Azoury et Gilles Clément. Lancé en janvier 2020, le Mensuel est la toute nouvelle revue parlée du Centre Pompidou, consacrée chaque mois à l’actualité des disciplines artistiques et à leur rencontre avec les enjeux du présent. Dans cette deuxième séance, le Mensuel s’installera au croisement du festival Hors-Pistes et de l’exposition « Calais : Témoigner de la jungle » pour poser une question : comment penser ensemble les multiples manières dont, aujourd’hui, la situation des personnes migrantes est portée à l’image ? Quelle coexistence, quels échos ou quelles rivalités s’installent entre le regard des artistes, celui des photo-reporters et des agences de presse, voire celui des réfugiés et des habitants ? Du cinéma à l’art contemporain, comment trouver un juste regard pour donner à voir la condition de celles et ceux qui fuient, passent, s’arrêtent et tâchent de repartir ?

PLUS D’INFOS
Le rappeur originaire de Washington, Wale
Le rappeur originaire de Washington, Wale – Prince Williams / Wireimage

Wale

Live > Hip hop / RnB – 19-21 rue Boyer, Paris – 26 euros

Auto-proclamé ‘Ambassadeur du Rap de la Capitale’, Wale (à prononcer ‘wah-lay’) a réussi à se hisser du rang de sensation locale au statut de rappeur international en un peu plus d’une décennie. Deux ans après son dernier album Shine, le MC de DC revient en octobre dernier avec un nouvel opus ‘Wow… That’s Crazy’. Une collection de quinze morceaux où, accompagné de nombreux guests (6LACK, Bryson Tiller, SZA, Kelly Price, Ari Lennox…), il aborde quelques-uns de ses thèmes de prédilections, la santé mentale dans le star-system, ses relations amoureuses… le tout sur des prod toujours riches et léchées.

PLUS D’INFOS
Visuel officiel du festival musical Bagarre Générale
Visuel officiel du festival musical Bagarre Générale – Emma Baëza

Bagarre Générale

Soirées > Afterwork – 8 Passage Josset, 75011 Paris, France – Gratuit

La première semaine de février, c’est baston au Motel. Que des groupes qui font peur à voir mais qui donnent beaucoup d’amour une fois sur place. Du punk-rock à de la pop acidulée, diverses sonorités pour une promesse: ça va déboîter les hanches des danseurs les plus rodés !

Continuez la lecture

Art

VIDEO. Ashley Graham présente son fils… Ariana Grande bat encore un record…

Publié

le

FIL DES STARS Toute l’actualité people est dans « 20 Minutes »

 

4 février 2020

Ariana Grande bat encore un record

Nouveau record pour Ariana Grande : la chanteuse est la première artiste féminine à dépasser les 3,5 milliards de streams sur Spotify.

chart data@chartdata

.@ArianaGrande becomes the first female artist to have three albums with over 3.5 billion streams in Spotify history (My Everything, Dangerous Woman and thank u, next).

6 339

Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité
1 258 personnes parlent à ce sujet

« Ariana Grande devient la première femme à avoir trois albums avec plus de 3,5 milliards de streams sur Spotify (My EverythingDangerous Womanthank u, next) », a noté Chart Data sur Twitter.

Le ciel semble donc enfin s’éclaircir pour Ariana Grande, après des années mouvementées qui l’ont vue subir un attentat lors de son concert à Manchester, puis la mort de son ex, Mac Miller.

Ashley Graham présente son fils

Kim Kardashian révèle n’avoir jamais utilisé sa piscine

Avoir une piscine, n’est-ce pas le rêve de tout un chacun ? Eh bien il semble que ce ne soit pas celui de Kim Kardashian, qui a pourtant une sublime piscine mais n’y a jamais trempé un orteil dedans. Au cours d’une visite de sa maison pour le magazine Architectural Digest, elle a déclaré qu’elle ne l’a « jamais utilisée ». Une réponse qui semble avoir totalement stupéfait son mari, Kanye West.

Continuez la lecture

Trending

Copyright © 2019 www.bordeaux24.fr